Éco-anxiété : comprendre, accueillir, et retrouver son pouvoir d'agir

Au cabinet et autour de moi, j'observe que l'éco-anxiété est de plus en plus présente. Nous sommes tous confrontés à une réalité d'un monde qui vacille, avec la conscience grandissante des conséquences sur notre environnement et sur nos vies.

Ce que je veux dire d'emblée : avoir toutes ces émotions en ce moment est normal. Nous sommes tous touchés dans notre humanité de voir la vie disparaître ou se dégrader. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une réponse profondément humaine.

Et c'est justement parce que nous sommes touchés que nous pouvons puiser l'énergie pour agir. Mon intention dans cet article est de vous aider à traverser ce qui vous habite, pour retrouver votre pouvoir d'agir, à votre échelle.

L'été 2026 : le moment où tout est devenu réel

Cet été, quelque chose a changé dans la conscience collective. Cinq canicules successives en France au moment où j'écris cet article. Le mois le plus chaud jamais enregistré, 72 départements placés en alerte rouge simultanément.

Ce que les scientifiques annonçaient depuis cinquante ans est devenu, cet été, une expérience vécue. 

Face à cette réalité, beaucoup ressentent quelque chose qu'il est difficile de nommer, une inquiétude sourde, une tristesse, parfois une rage, souvent une forme d'impuissance. Ce ressenti a un nom.

Eco-anxiété :

État de détresse psychologique chronique lié à la prise de conscience des dégradations environnementales et du dérèglement climatique. Elle peut se manifester sous forme d'inquiétude persistante, de tristesse, de sentiment d'impuissance ou de culpabilité face à l'avenir de la planète. Ce n'est pas un trouble mental : c'est une réponse émotionnelle cohérente à une menace réelle.

Des émotions normales face à une réalité anormale

L'éco-anxiété n'est pas une pathologie. Ressentir de la peur, de la tristesse ou de la colère face à la destruction du vivant, c'est être humain. C'est être connecté à ce qui nous entoure.

Ce qui peut devenir problématique, en revanche, c'est lorsque ces émotions restent coincées, sans mouvement, et nous paralysent.


"Ce n'est pas moi qui vais changer les choses."
(une phrase que j'entends souvent)

 

Elle traduit un sentiment d'écrasement face à l'ampleur de la crise. Et ce sentiment, à force de s'installer, peut mener à une forme de passivité, à un repli, parfois au désespoir. Comprendre d'où il vient est la première étape pour en sortir.
 

L'éco-anxiété comme deuil bloqué

Ce que j'observe dans mon travail, c'est que l'éco-anxiété ressemble fort à un processus de deuil qui s'est arrêté en chemin. Face aux pertes écologiques, qu'il s'agisse de la disparition d'espèces, de paysages transformés, d'intensités climatiques hors-normes, nous traversons des étapes similaires à celles du deuil.

Rester figé dans la sidération initiale, c'est subir sans agir, ressentir sans traverser. Le travail n'est pas d'effacer les émotions, ni de "positiver". C'est de les accueillir pour qu'elles puissent enfin circuler, et redevenir une énergie disponible.
 

Reprendre son pouvoir : la distinction essentielle

L'une des clés les plus puissantes pour sortir de la paralysie est une distinction simple mais profondément libératrice : séparer ce que l'on maîtrise de ce que l'on ne maîtrise pas.

L'impuissance naît souvent de la confusion entre les deux. Nous nous épuisons à vouloir changer ce qui nous dépasse, ou à ruminer sur ce que nous ne pouvons pas contrôler. Rediriger son attention et son énergie vers ce qui est réellement à notre portée, c'est retrouver une prise concrète sur le réel.

Ce que je maitrise Ce que je ne maitrise pas
Mes choix de consommation quotidiens Les décisions des gouvernements
Le soin que j'apporte à la nature proche Le comportement des grandes entreprises
Mon alimentation et mes achats Les politiques industrielles mondiales
Mon engagement dans un collectif local Les événements climatiques passés
Ma manière de me déplacer Les choix des autres

Ce n'est pas de la résignation. C'est de la lucidité. Agir à l'échelle de ce que l'on peut réellement changer, c'est déjà énorme, surtout quand des millions de personnes font de même.
 

L'importance d'avoir un projet qui donne du sens

Les personnes qui traversent l'éco-anxiété le plus sereinement partagent souvent un point commun : elles ont trouvé un projet, une action concrète, un engagement qui leur ressemble et qui va dans le bon sens. Ce projet n'a pas besoin d'être spectaculaire. Il doit simplement être le leur.

C'est ce mouvement vers l'action qui transforme l'émotion. La tristesse devient attention portée au vivant. La colère devient énergie pour changer les choses. L'anxiété devient vigilance. La souffrance, quand elle est traversée, peut devenir un vrai moteur.

Quelques pistes pour trouver votre projet :

  • Rejoindre ou créer un jardin partagé, une AMAP, un groupe d'échange local
  • S'engager dans une association de protection de la nature ou de l'environnement
  • Initier un changement concret dans son lieu de travail ou dans son immeuble
  • Transformer son alimentation progressivement, avec bienveillance envers soi
  • Renouer avec la nature régulièrement : marcher, observer, prendre soin d'un espace vert
  • Partager ses préoccupations dans un espace de parole, avec d'autres personnes concernées
  • Créer, écrire, photographier : donner une forme à ce que l'on ressent
  • etc...

Il n'existe pas de bon ou de mauvais projet. Il existe celui qui vous correspond, qui vous met en mouvement, et qui vous reconnecte à votre capacité d'agir sur le monde.
 

Vous n'êtes pas seul(e) dans ce que vous ressentez

L'éco-anxiété n'est pas une fragilité. C'est une boussole intérieure qui vous indique ce qui compte pour vous, ce à quoi vous tenez, ce que vous aimez dans ce monde vivant. En ce sens, elle est précieuse.

Le chemin n'est pas d'effacer ces émotions, mais de les laisser traverser pour qu'elles révèlent ce qu'elles portent : une capacité d'agir, une envie de contribuer, un attachement profond à la vie.

Si vous sentez que ce poids devient trop lourd à porter seul(e), que l'anxiété s'installe et gêne votre quotidien, un accompagnement peut vous aider à traverser ces émotions et à retrouver votre élan. N'hésitez pas à me contacter pour un premier échange.
 


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